Sabine
Laîné
| Novembre 2009 | ||||||||||
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Allions-nous être capables de rencontrer les parents et la famille de notre enfant ? Vivre avec eux ? Nous faire accepter, adopter (faute de quoi, ils pouvaient toujours renoncer à nous confier leur enfant, même si nous étions déjà sur place. C’était assez fréquent à l’époque) ?
Allions-nous supporter la « concurrence » parentale de ces parents ? Elle n’était peut-être pas dans leur esprit mais toujours, quand même, dans le nôtre.
Allions-nous respecter le contrat moral, qui nous lierait à eux pour la vie ?
...
Les questions ne manquaient pas, c’était plutôt les réponses qui nous faisaient défaut...
Effectivement, nous avions « compris » globalement, le concept du don fa’a’mu. Nous nous posions donc les questions, auxquelles nous pensions être confrontés.
Mais, comment y répondre sans connaître réellement la culture polynésienne ?
Comment répondre à des questions, sans avoir les données cul-turelles enfouies, même profondément, dans notre esprit ?
Clairement, nous ne pouvions pas y répondre.
La seule chose que nous parvenions à faire, était d’envisager d’être capables d’y répondre positivement, ultérieurement.
Nous nous sentions capables de faire table rase de notre culture et de nous ouvrir au mieux à une nouvelle...
Mais, une fois sur place et donc, après avoir pris la décision d’accepter de nous lancer dans cette aventure !
C’était un vrai pari.
Seulement, il ne fallait pas se tromper. Il nous engageait à vie dans une expérience inconnue. Et nous allions entraîner avec nous, un enfant, un couple, une famille...
C’est, ce qu’en toute honnêteté, nous avons confié à François et sa femme, lorsque nous les avons rappelés avant leur départ. Dès lors, il nous restait à attendre, une fois de plus...
Dieu merci, j’étais très occupée par ma formation et j’y trouvais un parfait exutoire à mes angoisses.
Mais à peine quelques semaines plus tard, François et Marie é-taient déjà revenus de Tahiti, avec un magnifique petit garçon !
Au téléphone, ils exultaient. Leur enthousiasme était indescriptible. Quand on pense que, « enthousiasme » signifie « transport divin », difficile de trouver un terme plus fort !
Bien sûr, ils avaient leur petit bout, leur fils, auprès d’eux. Mais il y avait aussi, ce qu’ils avaient vécu à Tahiti.
Une expérience humaine formidable.
Ils nous racontaient l’accueil des Polynésiens, de la famille de leur enfant, la gentillesse et le naturel des gens.
Ils nous racontaient le choc culturel, quand tout ici est compliqué, alors que là-bas tout est simple.
Finalement, ce sont les Polynésiens qui les ont aidés à faire le pas, ce pas gigantesque entre nos deux « mondes ».
C’est ainsi, qu’ils ont été tout naturellement intégrés, dans la fa-mille, ses activités, ses fêtes.
C’est ainsi, que Marie a assisté à la naissance de son fils, à la demande de la maman.
C’est ainsi, que toutes deux, ont veillé à l’arrivée à la vie d’un « petit bonhomme », l’une le donnant, l’autre le recevant, avec le même Amour.
Et que celui qui me parle d’ « abandon », se taise à jamais !
Dans « abandon », il y a « don », mais entre ces deux mots, il y a un gouffre.
Et de fait, étymologiquement, ils n’ont rien à voir, l’un avec l’autre.
« Abandon » vient d’une expression germanique : « être à bandon », qui signifiait : « être à la merci de ». Au XI ème siècle, on retrouve « abandon », en un seul mot. Il signifiait plus largement : « laisser au pouvoir de ».
« Abandonner » apparaît vers le XII ème siècle, avec un double sens : « quitter, laisser » mais aussi « confier, transmettre ».
D’où l’ambiguïté dans notre inconscient collectif.
Pourtant, ce mot a une connotation négative très marquée et pas seulement en matière d’adoption.
L’Être humain a une peur inconsciente et redoute l’abandon.
C’est davantage l’aspect du rejet, de l’absence d’amour, de la mise au ban de la société, que nous retenons dans ce mot.
Alors que, « confier, transmettre » est plus proche de la notion du don. Ce peut même être une définition de « donner », tout en étant aussi celle d’ « abandonner »...
La boucle est bouclée.
Pourquoi donc, ne pas bannir une fois pour toute, le terme d’ « abandon » du vocabulaire de l’adoption et ne garder que l’esprit du « don », avec une connotation nettement plus positive !

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