Sabine
Laîné
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Le vol a été long, long comme de rester 21 heures cloué sur un espace vital particulièrement réduit, appelé « siège », alors qu’intérieurement on bouillait et que pour nous calmer, il nous aurait plutôt fallu courir un marathon... Dur !
Lorsqu’enfin, le commandant de bord a annoncé que les côtes de Tahiti étaient en vue.
Vissés au hublot, nous les avons vues se rapprocher, nous avons enfin pu découvrir cette île mythique, verte et volcanique mais pourtant très différente déjà, de ce que nous imaginions.
Dès la sortie de l’avion, nous sommes « rentrés » dans Tahiti, dans son atmosphère, comme dans un autre monde. Il était 6 heures du matin, l’air était déjà chaud mais surtout très humide, lourd. Cette moiteur inconnue nous sautait au visage, nous enveloppait, nous écrasait. A elle, se mêlaient aussi des effluves de tiare et de kérosène, qui nous collaient aussitôt à la peau.
Ce n’était pas désagréable, juste étrange, nouveau.
Nous avons suivi le flot des passagers, bientôt accueillis par un groupe de danseurs et de chanteurs polynésiens. Chaque nouvelle sensation se surajoutait aux autres, imprimant à jamais dans notre mémoire, cette atmosphère toute particulière.
Pendant que nous attendions le passage en douane, nous pouvions voir sur le côté, une large baie vitrée, contre laquelle é-taient collés des dizaines de visages joyeux et souriants. C’était des Tahitiens, vêtus de pareo ou de chemise à fleurs, coiffés de chapeau blanc tressé ou d’une simple fleur à l’oreille.
Pas de doute, nous étions bien Ailleurs.
Nous avions déjà beaucoup voyagé tous les deux. L’Ailleurs ne nous étonnait pas forcément, au cours de ces voyages. C’était agréable, sans plus.
Mais là, c’était autre chose.
C’était en premier lieu, la rencontre entre un mythe et la réalité, Notre réalité, qui plus est. Mais surtout, nous n’allions pas passer en villégiature à travers cet Ailleurs, comme nous le faisions jusqu’alors.
Cet Ailleurs allait devenir une partie de nous, de notre vie, de notre histoire.
La douane passée, nous nous sommes retrouvés dans « la fausse aux lions ». Les Tahitiens se jetaient sur leur famille, en parlant fort, criant fort, riant fort... Lorsque soudain, un groupe s’est approché de nous.
Il y avait Mirca, que nous avons eu le soulagement de reconnaître immédiatement, son mari, Teura et sa fille, Elise et un couple, dont le fils allait nous héberger. Nous nous sommes retrouvés aussitôt enlacés d’autant de colliers de fleurs, très odorants mais très encombrants aussi, d’autant que nous ne savions pas si nous pouvions ou non les retirer, sans faire d’impair culturel...
Voilà, nous « Y » étions, nous étions « au bout du monde », nous étions à Tahiti, nous allions ouvrir une nouvelle page de notre histoire, avancer sur un nouveau chemin.
Ce n’était plus un rêve.
Pourtant à ce moment là, j’avoue ne pas avoir pensé à notre « petit bout », qui ne s’était jamais trouvé aussi près de nous. Ça
en est presque honteux, incompréhensible. C’est vrai.
Mais nous étions fatigués, par tout le stress qui avait précédé, par le voyage aussi, mais surtout, nous étions brutalement assaillis par une multitude d’émotions et de sensations, que nous avions peine à assimiler, tant elles étaient intenses.
Il nous fallait d’abord « atterrir » et « poser pied » dans notre aventure, afin de nous sentir prêts, à faire la connaissance d’un « petit d’homme », notre fils.
Pour l’heure, Dieu merci, nous allions totalement être pris en charge. Nous n’avions pas à penser, juste à suivre, nous laisser aller, nous laisser porter et nous imprégner de Tahiti.
J’ignore si c’est le fait d’avoir pu, dès le début, nous « abandonner » ainsi aux évènements en toute quiétude, et ce, malgré les enjeux importants qui se jouaient, toujours est-il, qu’a posteriori, je réalise que nous n’avons jamais vraiment « atterri ».
Nous sommes restés en lévitation, dans un état d’euphorie providentiel, proche du nirvana...
Et finalement, cette euphorie ne nous a pas empêchés, de vivre pleinement les instants magiques qui allaient jalonner notre sé-jour. Au contraire, cet état les a sublimés, bien involontairement, en occultant tout ce qui aurait pu gâcher la rencontre avec notre fils. Cet état nous a permis de minimiser, au-delà du raisonnable, un stress violent, les problèmes médicaux de Bastien et les soucis de tous ordres.

Derniers Commentaires