Sabine
Laîné
| Novembre 2009 | ||||||||||
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J’étais donc dans le ferry pour rejoindre Moorea. Hina, la sœur de Hinanui, rentrait aussi. Toute joyeuse, elle me raconte ce qu’elle sait de l’accouchement.
Comme personne n’attendait plus cette naissance, Hinanui était seule la nuit dernière. Tehotu était parti à Tahiti. Elle, qui devait assister sa sœur, était également « en ville ». Il n’y avait que son mari à la maison.
Et puis voilà que les douleurs se déclenchent. Son mari emmène donc Hinanui à l’hôpital. On fait venir la sage-femme, qui lui demande de l’assister. A Moorea, l’hôpital ressemble davantage à un dispensaire et lorsque les accouchements se présentent normalement, c’est un membre de la famille qui aide la sage-femme. Or présentement, il n’y avait que lui. Alors, quand elle l’a poussé dans la salle de travail et qu’il a vu sa belle-sœur, nue, il est devenu rouge pivoine. Hina se cachait les yeux en racontant l’histoire, écroulée de rire...
- « Tu comprends, il ne voulait pas, elle était nue, il ne pouvait pas la toucher, et puis, il y avait du sang, alors là il s’est senti mal et puis il a vu le bébé, qui était tout bleu... »
Et elle riait...
Moi aussi finalement ! Elle racontait tellement bien.
Et tout c’était bien passé en plus. Sauf pour son mari, qui avait du mal à s’en remettre. A n’en pas douter, c’était une histoire qui allait faire rire encore bien longtemps dans les fare.
Remises de nos émotions, Hina m’a conseillée d’aller immédiatement à l’hôpital.
- « Tu sais, juste après la naissance, si tu n’y vas pas, ils vont s’attacher. C’est dur pour eux, il faut les aider. »
Je n’avais pas vu les choses sous cet angle.
Pour Bastien, ça avait été tellement facile. Nous avions échappé à cette confrontation immédiate. Lorsque nous l’avions vu la toute première fois, non seulement nous étions déjà ses parents « légalement » mais Rainui venait de nous « confier sa vie », de faire de nous « les parents de son fils ». Il s’était effacé devant nous et nous nous sommes retrouvés aussitôt, à trois, avec Bastien.
Rien ne pouvait être plus simple.
Là, j’étais seule et je devais rentrer, comme par effraction, dans une relation « triangulaire », du père, de la mère et de l’enfant, dans laquelle, a priori, je n’avais rien à faire. Et après ce que venait de me dire Hina, j’ignorais comment je serais perçue. Serais-je la maman qu’ils avaient choisie pour leur bébé ou une intruse ? J’étais terriblement mal à l’aise.
Hina m’a déposée devant l’hôpital. Je devais y aller sans elle. Elle, qui se mêlait toujours de tout, a fait preuve à ce moment- là, de beaucoup de discrétion. Elle savait ce qui se jouait.
Les couloirs étaient tristes à souhait. Les murs couleur vert bouteille, sales...
J’ai frappé, je suis entrée.
Hinanui était au lit et m’a accueillie avec un large sourire, malgré la fatigue.
Tehotu était près de la fenêtre. Il a baissé les yeux en me voyant.

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