Sabine
Laîné
| Novembre 2009 | ||||||||||
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Toute à son excitation, Anna fut à peine troublée, le jour où elle partit pour Paris, à la recherche d’un appartement.
Adrien l’était pourtant. Elle allait lui manquer.
Il réalisait brutalement, qu’il était en train de la perdre. Il l’embrassa tendrement avec l’espoir du désespoir. Avec l’espoir que de la laisser libre de ses choix, la ferait revenir.
Mais Anna ne vit rien de plus dans ses yeux. Non, elle était juste prodigieusement heureuse d’aller à la découverte de sa nouvelle vie.
Elle avait aussi rendez-vous avec le rédacteur en chef du journal. Il devait définir son poste et son travail pour les mois à venir.
Elle avait accepté sans rien savoir, juste parce qu’elle avait été flattée d’être contactée.
Mais, elle avait déjà des idées plein la tête. Des idées, qu’elle était bien décidée à lui soumettre.
Peut-être ne l’avaient-ils pas attendue jusque-là, comme l’avait maintenu Adrien, mais ils allaient voir !
Zen, il fallait qu’elle reste zen, qu’elle ne montre pas son emballement.
Zzeennn...
Elle le laisserait parler, ne dirait rien dans un premier temps.
Il fallait qu’elle reste mystérieuse, qu’elle paraisse sûre d’elle, qu’elle garde des cartes en réserve.
Son rendez-vous était fixé en fin de matinée. Il était déjà 11 heures passées. Anna était coincée dans un embouteillage en plein Paris et en plus, elle était complètement perdue.
C’était sûr, elle serait en retard...
Elle avait horreur d’être en retard.
Question de politesse, sûrement mais c’était surtout qu’Anna ne supportait pas d’être pressée par le temps. C’était curieusement un de ses nombreux paradoxes.
Elle faisait toujours tout vite, comme si le temps lui était compté. Mais seulement lorsqu’il ne l’était pas. Le temps, c’était à elle de le maîtriser et non l’inverse. C’était à elle de presser le temps, pour pouvoir librement en disposer par la suite. Alors quand elle était en retard, quand le temps la dépassait, cela la rendait terriblement mal à l’aise et ça la stressait au plus haut point.
Evidemment, pas de place pour se garer...
Quand elle se présenta à l’accueil, Anna était toute ébouriffée, en transpiration, complètement survoltée. C’est à peine si l’hôtesse parvenait à la comprendre, tellement elle parlait vite, tellement son discours était confus.
Elle lui donna les indications pour se rendre à la rédaction, tout en précisant que Monsieur Duchenne était en retard et qu’il la priait de l’en excuser.
Bon Dieu ! Tout ça pour ça !
Finalement, tant mieux, elle aurait le temps de se calmer, de reprendre ses esprits et l’apparence de la jeune femme forte et énigmatique, qu’elle voulait donner.
Zen, surtout zen !
13 heures.
Anna commençait à avoir sérieusement faim et à s’ennuyer ferme dans cette petite pièce sombre, dans laquelle on l’avait fait attendre.
Rien à lire. Un comble. Et rien à observer non plus. Pas de fenêtre, pas d’affiche. Rien.
Curieuse, elle finit par se lever dans l’idée de se rapprocher des bureaux de la rédaction. Elle entendait une certaine agitation non loin de là, elle voulait voir.
En ouvrant la porte, elle se retrouva nez à nez avec un homme d’une quarantaine d’années, les cheveux grisonnants, le regard vif, curieux, rieur. C’était un bel homme.
- « Je me présente, Cyrille Duchenne. Nous avons rendez-vous, je crois. »
Un « oui », à peine audible s’échappa du tréfonds de la gorge d’Anna.
Il y répondit par un sourire amusé.
Ça commençait bien.
Anna était complètement dépitée, en déliquescence. Déjà qu’elle était impressionnée à l’idée même de rencontrer cet homme, et elle l’était encore davantage face à lui. Sa prestance, son calme, sa jeunesse aussi. Elle pensait rencontrer un homme beaucoup plus âgé, certainement moins avenant.
Elle avait tout faux !
Et qu’avait-il bien pu penser d’elle en la voyant, complètement éberluée ?
Difficile de reprendre la barre après cela. Alors, tout comme elle l’avait décidé, elle le laissa parler.
Repli stratégique.
Ce n’était pas plus mal d’ailleurs, car sous le coup de l’émotion, elle n’était plus fichue d’aligner trois mots sans bégayer.
Cyrille - il lui avait demandé de l’appeler ainsi - lui dit avoir été impressionné par le dossier transmis par l’école de journalisme, par les appréciations des professeurs, par son travail.
Il ne demandait qu’à voir.
Elle était donc engagée à l’essai comme assistante. Elle serait chargée d’aider plusieurs journalistes dans leurs enquêtes.
Quoi !
Rien de plus ?
Alors là, Anna déballa tout. Ses idées, ses ambitions. Il était hors de questions qu’elle ne serve qu’à faire de menues tâches, le café ou les photocopies...
La force que dégageait soudainement Anna, ses réflexions pertinentes sur l’éthique du journalisme, sa naïveté déconcertante renforcèrent Cyrille dans l’idée, qu’il avait fait le bon choix.
Anna ne serait pas facilement gérable mais de toute évidence, elle avait un potentiel hors du commun.
Malgré tout amusé par cette fougue inhabituelle, il parvint à convaincre Anna de la nécessité d’apprendre encore, auprès de confrères plus expérimentés. Il trouva les mots justes, ceux qui pouvaient toucher Anna et sa naïveté. Elle accepta.

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